Ses airs de premier de la classe ne le destinaient pas à priori au zonzon. C’est pourtant là qu’il va passer la journée le 26 juin prochain, en jouant devant les détenus d’Antanimora. Un vrai message « positif » pour un petit gars – Herinambinintsoa Tsirinantenaina Rakotonindrina à l’état civil – qui ne fait ni dans le baggy ni dans les tatouages pour exprimer son feeling pour le rap. Qui le lui reprocherait ?

Pourquoi un concert à Antanimora ?

La prison fait partie des lieux qui ont marqué l’histoire du rap. De nombreux rappeurs américains comme Bump J, Lauryn Hyll et Fat Joe, sont passés par la case zonzon. Émotionnellement, jouer en prison, c’est comme vivre une part de leur vie. Je veux aussi partager des messages avec les détenus d’Antanimora durant la fête nationale. Leur montrer une autre image du rap. Basta, le glandeur à baggy qui ne l’ouvre que pour critiquer ! Je veux me démarquer de cette attitude et balancer des flows (rythmes) plus positifs. Moi je viens de ce qu’on appelle ici le rap « métaphysique », le rap qui plane à mort et te déconnecte du réel. A la fin, je n’en pouvais plus de ce nihilisme. Le réel, c’est que je recherche aujourd’hui. Véhiculer un rap plus positif pour parler de ce qu’il y a de meilleur dans le pays.

Pourquoi le rap ?

C’est une passion qui remonte à mes années de collège à Avaradoha. A douze ans, mes parents m’interdisaient de traîner avec mes oncles qui habitaient juste en face. Des stéréotypes de rappeurs qui fumaient et buvaient. Mes parents associaient cette musique à tout ce qui est mauvais. Mais bon, moi, plus c’est interdit, plus ça me fascine. D’autant qu’à l’époque j’ai découvert Youssoupha qui fait partie de mes plus grandes influences musicales, surtout son premier album Noir désir. D’ailleurs, le « y »  d’Eklyps lui est dédié. Ses punchlines (répliques choc) sont dans l’émotion ; les histoires qu’il raconte me rappellent la mienne : celle d’un père absent, toujours à courir après l’argent pour pouvoir survivre. C’est ce genre d’émotions que je partage à travers mes textes. D’avoir gagné le concours Subculture Contest avec mon pote Epistolier en mai dernier me dit que je ne me suis peut-être pas trompé de voie…

Tu dis vouloir défendre un rap plus « positif », qu’entends-tu par là ?

Je ne veux pas être le râleur de service. Celui qui trouve à redire sur tout, bien planqué dans ses baggys. Je préfère suggérer des solutions, montrer qu’il y a une voie de sortie. Côté samples (sons importés), je tape beaucoup dans la trap music, le boom bap et le bounce. Mais celui qui me définit le mieux est le boom bap West coast qui a un son plus funky. J’ai douze morceaux actuellement à mon répertoire, disponobles sur le site du label Kolontsaina Mainty. Celui qui me représente le mieux est   Nate Is Like. « Nate » est tiré de mon prénom « Nantenaina » et je me suis inspiré de
Nas Is Like, un morceau de Nas, que j’adore, sans pour autant reprendre sa chanson. Ce morceau est un récit autobiographique. Il retrace mon parcours de rappeur, depuis les disputes avec mes parents jusqu’à aujourd’hui. 

Tes projets ?

Je suis en pleine préparation de mon album Génération 2000 pour un rap positif à Madagascar. En parallèle, je suis un cursus en médiation et management culturels. J’ai choisi cette filière car elle me liera toujours au rap. Même si un jour j’arrête d’en faire, je pourrai intervenir en tant que tourneur ou organisateur de festivals par exemple. C’est sûr que je ne compte pas m’éclipser de sitôt !

La Dream Team

Cet article a été réalisé dans le cadre de la formation en journalisme culturel animé par Alain Eid.

Suivez nous sur Artist craam!